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Jonas Kaufmann © DECCA - Mathias Bothor

Jonas Kaufmann



Ténor allemand
Avec une voix rare aux infinies nuances et au timbre sombre particulièrement reconnaissable, le ténor allemand Jonas Kaufmann possède un physique idéal de héros romantique. En récital ou sur scène, son interprétation hors pair reste inoubliable. C'est la marque des plus grands.
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Le 14 avril 2010, Jonas Kaufmann est devenu le premier ténor allemand en cent trois ans à chanter le rôle de Cavaradossi au Metropolitan Opera. Il a donné vie à la musique de Puccini avec une élégance exceptionnelle, tempérant la ferveur essentiellement révolutionnaire du personnage par une poignante tendresse. Tant la critique que le public ont été absolument emballés par son incarnation.

Les auditeurs qui connaissent exclusivement l'art de Jonas Kaufmann dans les répertoires allemand et français seront stupéfiés par son affinité avec la musique italienne de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Covent Garden, qui a déjà accueilli son Cavaradossi, présentera son premier Maurizio au cours de la saison 2010-2011. Au nombre de ses projets futurs figure une autre prise de rôle, Andrea Chénier, auquel feront suite Turiddu et Canio.

En élaborant ce programme de pages de contemporains de Verdi et de Puccini, Jonas Kaufmann s'est félicité de ce que sa parfaite maîtrise de l'italien lui permette de «comprendre les double sens et de découvrir les secrets que dissimulaient les paroles écrites». Grâce à la liberté que lui octroie son impeccable technique, le ténor a pu se concentrer exclusivement sur la communication: «Le texte me projetait automatiquement dans le contexte émotionnel de chaque morceau.»

Le ténor reconnaît que la plupart de ces rôles ne présentent pas les complexités dramatiques du répertoire lyrique auquel il est habitué. «Dans le verismo, tout n'est qu'âme et passion, mais c'est ça que j'adore, justement! Ces airs sont chargés d'émotions qui peuvent vous tirer des larmes. J'ai enregistré l'album d'airs allemands parce qu'il se passe plein de choses dans cette musique et avec ces personnages, mais la musique la plus enthousiaste, la plus extatique, c'est le verismo.»

Le défi à relever en sélectionnant ce programme était d'éviter les similitudes d'atmosphère, de structure et de tonalité. Le toast de Turiddu dans Cavalleria rusticana est inclus «afin qu'il n'y ait pas que de la souffrance sur cet album, mais aussi une petite dose de joie.»

Le monologue tiré de la scène du tombeau dans Giulietta e Romeo de Zandonai est peu connu, mais pour Kaufmann, il s'agit du «morceau à emporter sur une île déserte» de cet enregistrement. S'il trouve le reste de cet opéra peu mémorable, il considère que La Bohème de Leoncavallo «vaut totalement la peine d'être montée sur scène! Si Puccini n'en avait pas écrit sa version, celle-ci se serait à coup sûr imposée au sein du répertoire standard.» Le ténor défend si bien l'émouvant «Testa adorata» de Marcello qu'il donnera sûrement envie aux troupes d'opéra entreprenantes de se pencher sur «l'autre Bohème».

Comparé à ce qu'écrivait Verdi, plusieurs des airs que l'on entend ici sont très courts, comme par exemple «Amor ti vieta» de Fedora, «mais il faut que ces huit phrases débordent de sentiments, affirme Kaufmann, tout en donnant l'impression qu'elles ne demandent aucun effort.» Tout aussi brefs mais tout aussi marquants sont les airs extraits d'Adriana Lecouvreur. Le ténor trouve Maurizio particulièrement élégant, «une version plus légère du verismo, sans les envolées excessives et l'orchestration envahissante». Dans le magnifique air d'entrée du personnage, «on voit bien à quel point la patria est tout pour lui: il compare la beauté d'Adriana à son drapeau!» Par contraste, son deuxième air est «déchirant. Il suffit de deux ou trois accords pour ressentir à quel point il est désespéré.»

Kaufmann trouve fascinant le fait que les compositeurs italiens se soient autant sentis attirés par les épisodes historiques français d'Adriana Lecouvreur et d'Andrea Chénier. Dans le formidable «Improvviso» de ce dernier (d'une longueur atypique pour le verismo), il faut lier de manière convaincante les sections individuelles tout en apportant avec éloquence ses inflexions à un texte qui est profondément émouvant. «L'autre air de Chénier n'est pas comparable, observe Kaufmann, mais il vous entraîne d'emblée, avec quelque chose d'une canzonetta napolitaine.» Le ténor a incité Decca à inclure le duo final de Chénier, «dont l'écriture est si belle qu'il vous transporte sans peine, donnant à tous ces si bémol l'air d'être tout ce qu'il y a de plus naturel». Kaufmann a pris beaucoup de plaisir à l'enregistrer avec Eva-Maria Westbroek, «qui est quelqu'un d'une incroyable gentillesse. Avec une partenaire dotée d'une voix aussi immense, aussi splendide, on ne se retient pas, on se lance.»

Si Maurizio et Chénier nécessitent une voix de spinto, il arrive souvent que des instruments plus lyriques s'essaient aux deux autres rôles représentés ici: Faust dans Mefistofele, un personnage irrésistible pour Kaufmann («J'aurais bien aimé qu'il y ait une basse avec nous, pour pouvoir continuer ces scènes!»), et Federico dans L'Arlesiana, dont l'air «contient des tonnes d'émotions. Modelé avec une habileté impressionnante, il monte, puis monte encore, jusqu'à l'explosion finale.» Comme le -lamento de Federico, le monologue extasié d'Enzo dans La Gioconda ravit tous les mélomanes. -également signé Ponchielli, l'adieu de Corrado extrait de I Lituani est une véritable rareté. Suite à la proposition d'Antonio Pappano, les bibliothécaires de La Scala en ont déniché une partition pour Jonas Kaufmann. Elle l'a tout simplement ébahi, et il se rappelle que les membres de l'orchestre de Santa Cecilia, qui ne connaissaient pas cet air, ont eu la même réaction.

Dans sa conversation, Kaufmann souligne à l'envi le contenu émotionnel de ce répertoire, et surtout celui de l'air de Zandonai: «Je doute que l'on puisse mettre de sentiments plus personnels en musique. Romeo pleure Giulietta, mais d'une manière qui est d'un réalisme bouleversant. L'écouter équivaut à surprendre l'intimité de quelqu'un d'autre.» Dans une telle page, «il est gratifiant de pouvoir se glisser dans la peau du personnage et de sentir les émotions modifier votre sonorité, votre respiration, toute votre approche des notes».

En enregistrant cet album, Kaufmann était enchanté de poursuivre sa fructueuse collaboration avec Antonio Pappano, «l'un des plus grands chefs d'orchestre de la planète, et quelqu'un qui adore les chanteurs». L'orchestre de Santa Cecilia a ébloui le ténor, ce qui, d'après certains témoignages, a été réciproque. Le ténor s'est rendu compte que «ce ne sont pas les aigus ou les prouesses techniques qui enchantent ces instrumentistes: en réalité ce sont les sentiments qui les intéressent. C'était fantastique de les sentir si enthousiastes, si totalement en phase avec moi.»

L'atmosphère incomparable de Rome a été un avantage supplémentaire. «J'avais une chambre magnifique à la Villa Borghese, se remémore Kaufmann. Il faisait si doux que je pouvais prendre mon petit-déjeuner à l'extérieur en plein mois de mars. On sortait, on prenait le temps de faire un bon dîner après les sessions. Il y avait un caractère, une italianità, qui dès le départ a concouru à l'ambiance de l'enregistrement.»

Roger Pines (source Decca Music Group Limited)





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